La vie à bord de l'IMOCA D'Ieteren Group
— Vendee Globe
Manœuvrer, régler, manger, router, dormir… Répéter. Les courses au large sont loin d’être un long fleuve tranquille ! Denis Van Weynbergh nous raconte la vie à bord de son IMOCA D’Ieteren Group lors de ses courses au large.
La nuit, tout dépend des conditions et de la zone où je me situe.
Près des côtes, la veille est très importante, notamment vers le Golfe de Gascogne ou aux alentours de la Martinique récemment, car il y a beaucoup de trafic. Ce sont donc des petits sommeils fractionnés. Au large en revanche, on peut dormir un peu plus longtemps, tout en restant en veille, on vérifie s’il y a du trafic, des réglages à optimiser et on se rendort.
La journée, on peut faire des petites siestes. Je n’ai pas de problème pour m’endormir. Je suis allé voir une coach en respiration pour réaliser un bilan respiratoire/ Elle m’a donné quelques exercices de respiration pour me réveiller et tomber dans un sommeil profond plus rapidement.
Je retournerai la voir plusieurs fois avant le Vendée Globe. C’est intéressant et finalement facile, à la portée de tous : ne serait-ce qu’apprendre à respirer par le nez, des respirations profondes, varier le temps d’inspiration et d’expiration, un peu comme la plongée en apnée.
Pour le couchage, si je dois rester en veille j’utilise le pouf pour avoir une bonne vision de l'ordinateur et sinon j’ai une vraie bannette. Dans la bannette j’ai deux méthodes de sommeil, une avec les bottes et une sans les bottes. Car lorsque je garde mes bottes, je me réveille facilement au bout de 20 minutes alors que lorsque je les enlève, ce sont des sommeils plus longs et plus profonds. Pour le Vendée Globe je vais prendre un matelas à mémoire de forme car le sommeil est un sujet important, surtout pour une longue course comme celle-là.
J’aime bien l’aspect météo et routage donc je pense que j’y passe facilement entre deux et trois heures par jour à bord.
Je télécharge des fichiers météo que j’intègre dans un fichier de routage auxquels je donne mon point de départ et mon point d’arrivée. Ensuite, ce logiciel calcule la route optimale pour aller le plus vite possible en fonction d’une vitesse cible (en fonction de la force et de la direction du vent). Ceci est un modèle théorique qui doit être confronté à la réalité et ce n’est pas toujours juste.
Déjà, lorsque je reçois le fichier météo, il a 6 et 8 heures de retard, le temps de traiter les informations dans les logiciels de calculs. Un fichier météo reçu à 7h du matin est issu des données de la veille à 23h (environ).
Il y a différents logiciels de calculs (modèle américain, européen, français) qui donnent parfois des versions différentes et c'est là que l’interprétation du skipper est intéressante.
Nous faisons nos choix et mettons pleins de facteurs pour déterminer le routage : l’angle du vent, la force du vent, etc. Toutes les informations ne sont pas sur ces fichiers donc il faut consulter d’autres sites pour compléter les données, comme la couverture nuageuse, l’état de la mer, les courants,.. tout cela rentre en ligne de compte.
Les deux grosses phases sont souvent le matin (fichier météo neuf) et le soir (calcul fait la journée). Selon les modèles, les mises à jour ne sont pas aux mêmes heures et ne fonctionnent pas dans les mêmes zones de navigation. On pourrait faire ça toute la journée !
Nous avons la chance d’être équipés de Starlink (*antenne haut débit installée sur le bateau qui permet d’accéder à internet haut débit, bien moins onéreuse que les antennes satellites classiques ndlr). Cela nous offre beaucoup de possibilités en termes d’informations, de croisement des sources et de communication. Nous étions très satisfaits sur les deux dernières transatlantiques. Ce réseau commence à couvrir l’ensemble du globe. Nous avons encore une interrogation sur l’Atlantique Sud mais nous attendons les retours des Ultims lors de l’Arkéa Ultim Challenge qui utilisent également ce logiciel.
D’un point de vue communication, cela simplifie également les choses : on peut faire des visios avec les enfants et échanger avec l’équipe.
Nous avons un groupe What’s App technique où je peux poser mes questions ou partager mes soucis avec eux. Ensuite, ils trient, débattent, trouvent les solutions entre eux avant de me répondre.
Pour le Vendée Globe, nous mettrons en place un système de garde avec des roulements dans l’équipe pour hiérarchiser les priorités et la communication.
Nous nous mettrons également d’accord sur un vocabulaire et des termes communs afin de bien se comprendre et rendre notre communication optimale. Jusqu’ici, malgré tous les soucis techniques rencontrés lors des précédentes courses, nous avons toujours réussi à communiquer et résoudre les soucis ensemble.